Dans les services à la personne, la transmission a longtemps été une affaire locale : le fondateur d'une agence de ménage ou d'aide à domicile cédait son portefeuille de bénéficiaires à un confrère de la même agglomération, ou fermait faute de repreneur. Le secteur était jeune, né du plan de 2005 qui a ouvert aux entreprises un marché tenu par les associations et l'emploi direct. Vingt ans plus tard, ces entreprises ont des bilans, des équipes et des autorisations, et leurs fondateurs se posent la question de la suite, pendant que des réseaux nationaux financés par des fonds, des groupes du grand âge et des confrères régionaux rachètent des agences pour mailler le territoire plus vite.
Cette évolution n'oblige pas à vendre, mais elle rend la question difficile à ignorer.
Un marché de plus de 20 milliards d'euros où les entreprises ont pris le dessus
Selon la Direction générale des entreprises, les services à la personne représentent un chiffre d'affaires d'environ 20 milliards d'euros, 1,2 million d'emplois et près de 4 millions de ménages utilisateurs, soutenus par 14,5 milliards d'euros d'aides publiques. 1 Xerfi évalue aujourd'hui le marché à près de 24 milliards d'euros. 2 Le secteur reste scindé entre l'emploi direct et les organismes prestataires : ces derniers réalisaient 389 millions d'heures en 2021, soit 46 % du total, contre 25 % en 2005. 1 L'aide aux personnes âgées et handicapées pèse environ 43 % des heures, les services du quotidien 45 %, la garde d'enfants le solde. 1
Au sein des prestataires, les entreprises ont pris le pas sur les associations et les organismes publics : elles représentaient 72 % des 20 000 organismes actifs en 2021, contre 62 % en 2013, et réalisaient 46 % des heures prestataires, contre 12 % en 2008. 1 L'emploi direct recule : l'Urssaf compte 1 492 millions d'heures déclarées en 2024, en baisse de 2,3 %, et 1,13 million de salariés, en repli de 7 % sur cinq ans. 3 La demande se déplace vers les structures organisées, dans un marché encore composé de milliers d'agences indépendantes.
Les cinq moteurs de la consolidation
- Le vieillissement de la population. L'Insee projette près de 4 millions de seniors en perte d'autonomie en 2050, contre 2,5 millions en 2015, et la DGE anticipe 20,8 millions de personnes de 60 ans et plus dès 2030. 4,1 La grande majorité des personnes dépendantes vivent à domicile, et les politiques publiques, jusqu'à la loi dite « bien vieillir » de 2024, entendent maintenir ce choix.
- La réforme des services autonomie à domicile. Le décret du 17 juillet 2023 a créé les services autonomie à domicile, qui regroupent l'aide et le soin dans une même organisation, avec un tarif plancher national de l'aide à domicile, fixé à 22 euros de l'heure en 2022 et 23 euros en 2023 puis indexé, et une dotation qualité de 3 euros. 5 Pour intervenir auprès des personnes dépendantes, un nouvel entrant doit obtenir une autorisation du département par appel à projets. Ces règles favorisent les structures capables de porter une fonction qualité et une coordination avec les soins, et poussent les petits services à se regrouper.
- La pénurie d'intervenants. La DGE chiffre à 386 000 les postes à pourvoir d'ici 2030, dont 284 000 départs à la retraite. 1 Recruter, fidéliser et organiser les tournées sont devenus les premiers déterminants de la rentabilité, et les réseaux disposent d'organismes de formation et d'outils de planification hors de portée de l'agence isolée.
- Le crédit d'impôt et l'avance immédiate. Le crédit d'impôt de 50 % des dépenses, dans la limite de 12 000 euros par an, est devenu immédiat pour les prestataires depuis la mi-2022 : le client ne paie plus que la moitié de la facture. 3,1 Cette solvabilisation a élargi la clientèle, mais a ajouté une couche de conformité et d'outillage numérique que les groupes absorbent mieux.
- L'appétit des investisseurs pour un revenu récurrent et fragmenté. Des prestations hebdomadaires, des bénéficiaires fidèles, un financement public stable et des milliers de cibles de petite taille : le secteur réunit ce que recherchent les fonds pour bâtir des plateformes par acquisitions, et Xerfi anticipe une intensification de cette financiarisation. 2
Qui rachète les entreprises de services à la personne aujourd'hui
- Les réseaux nationaux multi-enseignes. Oui Care, maison mère d'O2, d'Apef et d'autres enseignes, compte près de 500 agences franchisées, a ouvert son capital fin 2025 à RAISE Impact, à la Banque des Territoires et à BNP Paribas Développement, et vise 150 ouvertures de territoires par an dès 2026. 2 Sur la garde d'enfants, Babychou Services a repris Bonjour Services en 2024 puis Family Sphère en 2025. 2
- Les groupes du grand âge et de la santé. Les exploitants d'EHPAD et de services de soins, comme Emeis avec Adhap Services et Domidom, ou des groupes venus d'autres univers, comme La Poste avec Axeo Services, intègrent l'aide à domicile pour suivre les personnes âgées tout au long de leur parcours. 2 Le rachat de Domia par Cinven fin 2024 illustre l'intérêt des fonds. 2
- Les plateformes régionales financées par des fonds. Des groupes de taille intermédiaire, spécialisés dans l'aide aux personnes dépendantes ou dans les services du quotidien, enchaînent les reprises d'agences de deux à dix millions d'euros de chiffre d'affaires, en associant souvent le dirigeant au capital.
- Les confrères et les acteurs associatifs. Le rachat d'une agence par un confrère du département voisin, ou la reprise d'un service associatif en difficulté, reste l'opération la plus fréquente sur les petites structures.
Le capital d'une entreprise de services à la personne est librement cessible, mais ses titres administratifs ne suivent pas automatiquement. La déclaration ou l'agrément, et surtout l'autorisation départementale pour l'intervention auprès des personnes âgées et handicapées, sont attachés à la structure et doivent être vérifiés ; les conventions avec les départements et les caisses de retraite comportent souvent des clauses de changement de contrôle.
Ce que cela change pour le dirigeant d'une entreprise de services à la personne
- La cession totale convient au fondateur proche de la retraite, avec un accompagnement de six mois à deux ans pour présenter le repreneur aux bénéficiaires, aux prescripteurs et aux équipes.
- L'adossement avec réinvestissement s'adresse au dirigeant, quel que soit son âge, qui a encore plusieurs années d'activité devant lui et qui cède une majorité ou une minorité à un réseau ou à une plateforme, réinvestit une partie du prix dans la holding de tête et poursuit le développement avec des moyens accrus.
- Le rapprochement entre confrères permet de constituer un service autonomie à domicile de taille départementale, de répondre aux appels à projets et d'organiser la relève entre associés.
- La recomposition du capital de type OBO permet au fondateur de sécuriser une partie de son patrimoine et d'associer ses responsables de secteur, avec une dette bancaire ou un minoritaire.
Quel que soit le schéma, les acquéreurs regardent les mêmes éléments. Une agence qui connaît sa marge par bénéficiaire et par tournée se vend bien mieux qu'une agence qui ne connaît sa rentabilité qu'au bilan. Les critères qui reviennent dans tous les dossiers sont les suivants.
- La répartition de l'activité. Part des services du quotidien, de la garde d'enfants et de l'aide aux personnes dépendantes : chaque activité a sa réglementation, sa marge et ses acquéreurs.
- Le mix de financeurs. Part des heures financées par l'APA, la PCH, les caisses de retraite ou les mutuelles par rapport aux particuliers payant avec le crédit d'impôt, et concentration éventuelle sur un département ou une caisse.
- La fidélité des bénéficiaires et des prescripteurs. Ancienneté des bénéficiaires, taux de perte annuel, relations avec les hôpitaux, les médecins, les CCAS et les assistantes sociales qui orientent les familles.
- Les autorisations et les conventions. Déclaration, agrément, autorisation départementale pour l'intervention auprès des personnes âgées et handicapées, conventions avec les financeurs et clauses de changement de contrôle.
- Les intervenants et l'encadrement. Turnover, absentéisme, qualifications, part de CDI et stabilité des responsables de secteur qui organisent les tournées et portent la relation avec les familles.
- La productivité et la télégestion. Ratio entre heures facturées et heures payées, temps de déplacement, fiabilité de la télégestion et écarts éventuels relevés lors des contrôles.
- La marge par tournée et par bénéficiaire. Rentabilité réelle après revalorisations conventionnelles, coût des remplacements et frais de structure, et capacité à répercuter les hausses de salaires dans les tarifs.
Vous envisagez de céder : est-ce le bon moment pour vous ?
C'est la première question que nous posons, et la réponse n'est pas la même pour tous. Le bon moment n'est jamais mécaniquement « tout de suite », même dans un marché où les acquéreurs sont nombreux. Il dépend de deux choses : de vous, c'est-à-dire de vos projets de vie, de votre horizon personnel et de vos objectifs patrimoniaux, et de votre entreprise, c'est-à-dire de sa capacité à extérioriser aujourd'hui toute la valeur qu'elle recèle. Nous rencontrons deux situations.
- Votre entreprise est quasiment prête. La clientèle est diversifiée entre financeurs publics et particuliers, les autorisations sont à jour, les équipes sont stables et la marge résiste aux revalorisations salariales. Ou bien vous souhaitez inscrire votre agence dans un projet plus large, celui d'un grand réseau, souvent sous LBO, qui apporte les outils, les expertises et les moyens d'absorber la réforme des services autonomie, ce qui a un côté rassurant pour vous comme pour vos équipes. Quelques semaines de préparation suffisent alors, et le nombre d'acquéreurs joue en votre faveur.
- Votre entreprise a besoin de temps. Un département ou une caisse de retraite représente une part trop importante des heures, la dernière revalorisation conventionnelle n'a pas été répercutée dans les tarifs et la marge en porte la trace, un contrôle a relevé des écarts entre heures déclarées et heures réalisées. Vendre reste possible, mais c'est accepter une décote. Nous vous dirons alors franchement qu'il vaut mieux consacrer plusieurs mois, parfois quelques années, à travailler ces points, et nous pouvons vous accompagner sur cette phase avant de lancer l'opération quand vous serez réellement prêt.
Les chantiers qui font la différence sont connus : sécuriser les autorisations et les conventions, rééquilibrer le portefeuille entre financeurs, fiabiliser la télégestion et le suivi de marge par tournée, réduire le turnover et présenter des comptes lisibles. Selon votre point de départ, ils prennent quelques semaines ou quelques années.
L'intérêt d'en parler tôt, même sans certitude de vouloir vendre, est de savoir dans laquelle de ces deux situations vous vous trouvez, et de décider en connaissance de cause plutôt que sous la contrainte d'un appel à projets perdu ou d'une sollicitation inattendue.
Face à des réseaux qui réalisent plusieurs acquisitions par an avec des équipes dédiées, le dirigeant qui négocie seul est rarement en position d'équilibre. La valeur d'une entreprise de services à la personne ne se résume pas à un montant affiché : elle dépend du projet de l'acquéreur, de la structure du prix, de la part conditionnée au maintien des autorisations et des bénéficiaires, de la fraction réinvestie, des garanties sur le passif social et du sort des intervenantes. Deux offres au même prix facial peuvent recouvrir des réalités très différentes.
Le rôle d'un conseil indépendant en fusions-acquisitions est d'établir une valorisation objective de l'entreprise, d'identifier l'ensemble des acquéreurs pertinents, réseaux nationaux, groupes du grand âge, plateformes régionales ou confrères, de les mettre en concurrence dans un processus structuré et confidentiel, et de négocier les conditions au-delà du seul prix. Cette mise en concurrence protège le cédant : elle lui permet de comparer des projets réellement différents et de choisir celui qui correspond à ses objectifs.
Questions fréquentes
Faut-il une autorisation pour reprendre une entreprise d'aide à domicile ?
Le capital d'une société de services à la personne est librement cessible, mais ses titres administratifs ne suivent pas automatiquement. La déclaration ou l'agrément, et surtout l'autorisation départementale pour intervenir auprès des personnes âgées et handicapées, sont attachés à la structure et doivent être sécurisés ; les conventions avec les départements et les caisses comportent souvent des clauses de changement de contrôle. Une structure déjà autorisée a de la valeur, puisqu'un nouvel entrant doit passer par un appel à projets.
Peut-on vendre son entreprise de services à la personne tout en restant dirigeant ?
Oui. L'adossement avec réinvestissement permet de céder une majorité ou une minorité à un réseau ou à une plateforme, de réinvestir une partie du prix dans la holding de tête et de poursuivre le développement avec des moyens accrus, en participant à la plus-value suivante. La recomposition du capital de type OBO permet de sécuriser une partie de son patrimoine et d'associer ses responsables de secteur sans céder le contrôle.
Combien de temps dure la cession d'une société d'aide à domicile ?
Il faut compter six à douze mois entre le premier échange et la signature : préparation du dossier, approche confidentielle des acquéreurs, offres, audits sociaux, financiers et de conformité, négociation, puis formalités auprès des financeurs. Le cédant accompagne ensuite la transition de six mois à deux ans pour présenter le repreneur aux bénéficiaires, aux prescripteurs et aux équipes.
Qui rachète les entreprises de services à la personne aujourd'hui ?
Les réseaux nationaux multi-enseignes qui maillent le territoire, les groupes du grand âge et de la santé qui intègrent l'aide à domicile dans le parcours des personnes âgées, les plateformes régionales financées par des fonds d'investissement qui reprennent des agences de deux à dix millions d'euros de chiffre d'affaires, et les confrères du département voisin pour les petites structures.
Une agence de ménage et de garde d'enfants, sans activité auprès des personnes dépendantes, intéresse-t-elle les acquéreurs ?
Oui. Les services du quotidien et la garde d'enfants ont leurs propres consolidateurs, notamment les réseaux multi-enseignes et les spécialistes de la garde d'enfants qui ont réalisé plusieurs acquisitions récentes. Les acquéreurs y regardent surtout la fidélité des clients, le turnover des intervenants et la marge par heure.
Que deviennent les intervenantes et les bénéficiaires après la cession ?
Les contrats de travail sont transférés avec l'entreprise et les bénéficiaires conservent leurs intervenants habituels, ce qui est précisément ce que l'acquéreur achète. La qualité de la transition dépend de la préparation : information des équipes au bon moment, présentation du repreneur aux prescripteurs et aux familles, et période d'accompagnement du cédant.
Quand faut-il commencer à préparer la cession de son entreprise de services à la personne ?
Un à deux ans avant la date souhaitée, le temps de sécuriser les autorisations et les conventions, de rééquilibrer le portefeuille entre financeurs et particuliers, de fiabiliser la télégestion et le suivi de marge par tournée, de réduire le turnover et de présenter des comptes lisibles.
Pourquoi mettre plusieurs acquéreurs en concurrence pour vendre son agence d'aide à domicile ?
Parce qu'un réseau national, un groupe du grand âge, une plateforme régionale et un confrère ne valorisent pas les mêmes choses et ne proposent pas le même projet aux équipes. Un processus confidentiel qui les met en concurrence permet de comparer des offres réellement différentes et de négocier au-delà du prix facial : part conditionnée au maintien des autorisations et des bénéficiaires, fraction réinvestie, garanties sur le passif social et sort des intervenantes.
Sources publiques consultées
- Direction générale des entreprises (DGE), Les Thémas n° 15 : les services à la personne (novembre 2023) : https://www.entreprises.gouv.fr/files_sap/files/etudes/202311-themas-dge-n15-sap.pdf (source officielle, fiabilité élevée)
- Franchise Magazine, Aide à domicile en franchise : les réseaux qui recrutent, avec les données de l'étude Xerfi de janvier 2025 (26 mai 2026) : https://www.franchise-magazine.com/news-franchise/reseaux-aide-domicile-mai-2026 (média professionnel de la franchise, fiabilité bonne)
- Urssaf, Stat'ur n° 405 : les particuliers employeurs et les services à la personne en 2024 (septembre 2025) : https://www.servicesalapersonne.gouv.fr/files/files/publications/stat_ur_405_septembre-2025.pdf (source officielle, fiabilité élevée)
- Insee, Insee Première n° 1767 : 4 millions de seniors seraient en perte d'autonomie en 2050 (25 juillet 2019) : https://www.insee.fr/fr/statistiques/4196949 (source officielle, projections en cours de révision, fiabilité élevée)
- Ministère des Solidarités, Réforme de l'offre des services à domicile : les services autonomie à domicile (consulté en octobre 2026) : https://solidarites.gouv.fr/reforme-de-loffre-des-services-domicile (source officielle, fiabilité élevée)